Posté le 15/02/2019

« Tel un phœnix, je me relève et renait de mes cendres »

De père en fils, chez les Grillon, le karaté est une histoire de famille. La passion se transmet et se développe. Kenji Grillon nait, grandit et évolue dans cette atmosphère. Il était donc prédestiné à changer l’Histoire du karaté français, mission qu’il a pleinement accompli. A nouveau à son meilleur niveau après sa blessure de 2014, il est prêt à prendre le rôle qui lui est destiné, celui de champion olympique. 



Kenji Grillon, surdoué du karaté français (Photo ©Francekarate2020)



Comment est venue cette passion pour le karaté ? 


Inspiré par mon père, j’ai commencé le karaté à l’âge de 8 ans. A l’époque, je pratiquais également le judo et le football. Ma préférence ne s’orientait spécialement pas vers un sport plutôt qu’un autre. Tout ce que je recherchais à travers ces pratiques était de gagner. 

Ainsi, au fur et à mesure j’ai commencé à apprécier le karaté. Avec le recul, je pense que l’influence de mon père a tout de même été pour beaucoup. 

A l’âge de 15 ans, j’ai été détecté lors d’un stage ouvert à tous par mon coach Olivier Baudry. Il m’a dit que j’avais du potentiel et qu’il était possible de fortement l’exploiter. Je l’ai donc suivi pour m’entrainer à ses côtés. J’ai arrêté le football et le judo, et, je me suis donc pleinement impliqué dans le karaté. 


Quel a été le moment le plus mémorable de ta carrière ? 


Les championnats du monde 2012 restent le moment le plus important de ma carrière. Je me souviens d’un moment d’exception à Bercy. Nous étions en France. La salle était pleine. L’ambiance était comparable à celle des stades de football. L’excitation était à son comble. Tout le monde trépignait d’impatience. Je savais que ma famille et mes amis étaient là pour m’encourager. J’ai fait des combats d’exception qui se sont terminés sur des titres de champion du monde individuel et par équipe. Un moment de pur exaltation, un sentiment incroyable de challenge relevé à la perfection.  


" J ' e n  r e s s o r s  g r a n d i  e t  t i t r é "


Quelles relations entretiens-tu avec Olivier Baudry (son entraineur actuel), celui qui t’a repéré ? 


J’ai commencé les entrainements avec mon père. Puis, ma rencontre avec Olivier a marqué mon entrée dans le haut niveau. Il m’a détecté, m’a fait passer les étapes pour arriver en équipe de France. Je lui dois beaucoup dans mon parcours sportif. 

Ancien champion du monde et champion d’Europe, il m’a montré la voie pour réussir. Doté d’une expérience solide, il m’a permis d’éviter les pièges que l’on peut rencontrer dans le haut niveau. Résultat, j’en sors grandi et titré. 


Quels sont tes objectifs pour la saison à venir ? 


Avec l’intégration du Karaté aux prochains Jeux Olympiques, de nombreuses choses ont changé dans mon sport. Nous devons aller chercher des points pour les qualifications. Les objectifs sont de plus en plus importants car nous n’avons pas droit à l’erreur. Il faut être performant sur toutes les compétitions. Avant, je choisissais mes compétitions. Je me focalisais plus sur les Championnats du Monde. Aujourd’hui c’est une stratégie qui n’est plus envisageable. 

Ma saison précédente n’a pas été très glorieuse. J’ai eu des moments difficiles. Par conséquent, cette année, je dois aller chercher le maximum de points possibles. Il faut être performant toutes les trois semaines pour avoir un maximum de points et être qualifié. 


Comment te prépares tu mentalement et physiquement ?


Physiquement, Mathieu Cossou et Mathias Ricard nous élabore des programmes de préparation à Chatenay- Malabry.  

Concernant ma préparation mentale, je travaille avec Ibrahim Gary, mon ancien coéquipier en équipe de France en 2012. C’est un repère pour moi. 


" R o u l e a u  c o m p r e s s e u r "


Quel style de karaté adoptes-tu quand tu combats ? 


Je dois mes victoires à un karaté agressif et « rouleau compresseur ». Ne pas laisser de places aux erreurs a toujours été une stratégie payante. Je dois retrouver cette force que j’ai perdu ces derniers temps. 


Que fais-tu dans ton temps libre lorsque tu n’es pas sur un tatami ? 


Dans le cadre du programme de pacte de performance, j’ai conclu un contrat avec Eiffage. Ce programme me donne l’opportunité d’être une fois par semaine dans l’entreprise pour apprendre le métier et suivre une formation professionnelle. Ainsi, après ma carrière, j’aurai une opportunité d’embauche dans cette entreprise. 

En parallèle, je dispense des cours de karaté les week-end quand je ne suis pas en compétition. J’entraine des gens dès 6 ans jusqu’aux séniors. Accompagné de mon père et d’un ami Larry Dona, ce projet me plait beaucoup. J’aime entrainer en club et je souhaite m’orienter dans cette voie pour mon après carrière. 


" J e  m e  s u i s  r e l e v é "


Ta blessure (rupture des ligaments croisés en 2014) a-t-elle freiné ton incroyable ascension ?


D’une certaine façon oui. Avant ma blessure, j’étais numéro un. Je gagnais les Championnats d’Europe et du Monde. J’étais au top. L’Open de Paris arrivait à grand pas. Tout le monde était hyper excité à l’idée de voir cette compétition s’organiser. Puis, rien ne s’est déroulé comme prévu. Je me suis lourdement blessé avant l’évènement. Ça a été un moment très dur pour moi.  Je me demandais régulièrement pourquoi moi. J’étais au plus bas. Avec le temps et l’aide de mes proches, je me suis rétabli. J’ai été reboosté, soutenu et compris. Tel un phœnix, je me suis relevé.


Préfères-tu être dans la peau d’un outsider ou d’un favori ? 


J’ai remporté des compétitions en incarnant les deux rôles. Me comporter comme l’un ou comme l’autre ne change pas le déroulé de ces évènements. Je ne me positionne jamais au dessus ou en dessous de quelqu’un. Malgré tout, je ne crains personne. Je préfère me placer en challenger qu’en outsider ou favori. Je suis un homme qui aime les défis. Les challenges m’animent tel un éternel insatisfait.  


" J ' a i  a p p r i s  b e a u c o u p  d e  c h o s e s "


Peux-tu nous en dire plus sur le projet de carrière de Journaliste sportif que tu avais entamé ? 


Eternel fan de sport, j’ai suivi cette formation pour endosser le rôle de journaliste sportif. Avec l’emploi du temps d’athlète de haut niveau en karaté, j’ai mis de côté mon projet de journaliste sportif. Malgré tout, je ne regrette rien. J’ai adoré cette partie de ma vie. J’ai fait de belles rencontres notamment avec Bryan Cantero (Co-fondateur Squarechamps). J’ai appris beaucoup de choses. 


D’après toi, le karaté est-il assez reconnu en France ? 


Le karaté ne dispose pas assez de médiatisation. Ce n’était pas un sport olympique donc il ne bénéficiait pas de la visibilité et de la lumière transmis par cet évènement. En revanche, il est doté d’une notoriété cinématographique forte. Tout le monde connait le karaté, mais sa notoriété est différente des autres sports. 

Dès à présent, les choses changent. Notre programmation aux Jeux Olympiques doit être un tremplin pour le karaté français. C’est à nous de performer, d’autant plus, que nous avons tout pour être médaillable. 


Concernant les Jeux Olympiques, penses-tu à Paris 2024 ? 


Mon objectif premier c’est d’abord Tokyo 2020. Je n’imagine pas encore Paris 2024 car c’est beaucoup trop loin. Quoiqu’il arrive, les olympiades de Paris seront un évènement incroyable. Je respecte le temps et je procède étape par étape. 


" A v e c  l e  k a r a t é , o n  c o n t r ô l e "


Quelles valeurs souhaiterais-tu inculquer et transmettre ? 


J’aimerais pouvoir transmettre des valeurs telles que le respect et la persévérance. Ce sont des valeurs importantes à mes yeux et particulièrement liées à la pratique de mon sport. 

Toute ma vie j’ai persévéré pour gagner des titres. J’ai douté mais j’ai toujours cherché à garder confiance en moi pour vaincre. Si on travaille dur, le succès est garanti. Il ne faut jamais avoir de regrets.  


As-tu un message à faire passer ou un conseil pour les jeunes qui souhaiteraient pratiquer le karaté ? 


Il est important de prendre son temps. Il faut apprendre les bases, prendre du plaisir et ne pas faire preuve d’impatience. Ce sport est rempli de valeur qui mérite d’être diffusé. Je ne peux que conseiller la pratique de cette discipline. Avec le karaté, on peut contrôler et on doit contrôler. Le karaté développe le contrôle de soi qui est une valeur fondamentale de la vie.



Par Axelle Steffen 











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