Posté le 07/03/2019

« Si une personne ne croit pas en toi, montre-lui qu’elle se trompe »

Pierre Ambroise est un épicurien, un original qui ne s’en cache pas. Mais PAB est aussi un travailleur acharné qui illustre bien la notion de dépassement de soi. Cet enfant de l’athlétisme s’efforce de rester accessible malgré une forte médiatisation. Proche de son public, il se nourrit des rencontres qu’il fait tel un étudiant dévorant ses ouvrages.



Pierre Ambroise Bosse, l’acharné ©Squarechamps



Comment l’athlétisme est entré dans ta vie ?


Le public a cette tendance à penser que je suis un passionné, mais ce n’est pas le cas. Je suis plus passionné par le karaoké que par l’athlétisme (rires). Je suis un enfant de l’athlétisme et j’en ai fait mon métier. Quand j’ai commencé le sport je faisais du football. En contre plongé, je voyais ma sœur qui courrait. Elle ramenait des coupes à la maison et remplissait sa chambre de tous ses trophées, j’ai eu envie de faire de même. Je voulais faire aussi bien qu’elle.


A quoi penses-tu avant le départ de tes courses ?


C’est très simple, je pense à gagner. Mais tout dépend des courses. Pendant une compétition comme une finale de championnat de France, la pression sera plus élevée. Je sais que toute ma famille sera présente, et je les verrai car dans de petits stades le public est proche. Avant le départ je fais le vide et j’essaie de me persuader que le travail que j’ai fourni à l’entraînement est plus dur que celui des autres. C’est un réel facteur de motivation.


Ressentais-tu moins de pression le jour de ton sacre sur les championnats du monde 2017 ?


Ce jour-là j’étais un outsider je n’avais donc rien à perdre ! Le contexte parfait pour tenter un coup.



« J e  s u i s  b e a u c o u p  t r o p  r a b i s te »



Comment abordes-tu ta préparation lors des compétitions et change -t-elle en fonction de la start list ?


La préparation change beaucoup. J’ai senti un fort changement entre le début de ma carrière et maintenant. Les objectifs étaient différents. L’effort à fournir pour être qualifié sur un meeting ou sur des Jeux est différent de celui qui est mis en place pour remporter une course et gagner des titres. Ma préparation s’adapte en fonction des adversaires. Les écarts de niveau sont manifestes dans certaines compétitions. C’est pourquoi, parfois, on peut se permettre de modifier un peu les plans de courses.


Dans quel état d’esprit es-tu pendant tes entraînements ainsi que durant les rudes préparations que tu t’imposes ?


Je suis entraîné par Alain Lignier. On entretient une relation très spéciale. Quand il aime à dire que c’est une relation père fils, j’aime à dire de mon coté que c’est une relation amicale. Il est pour moi comme un ami de 60 ans, prêt à me soutenir et me suivre dans toutes mes aventures. A partir du moment où les relations sont en harmonie, les séances sont abordées dans un bon état d’esprit.


Comment sont organisés tes entraînements ?


Durant mes voyages, il m’arrive de m’entraîner avec des personnes rencontrées sur le terrain, mais ça reste occasionnel. Compte tenu de mes horaires relativement anormaux, je ne peux pas me soumettre à ceux d’un groupe. Ma manière de fonctionner est très spéciale, je suis beaucoup trop « rabiste » (philosophie pour se simplifier la vie).


Comment vis-tu ton ascension fulgurante depuis 2016 (Champion d’Europe Espoir) ?


Sur le plan médiatique c’est une des conséquences de mon titre aux championnats du monde (en 2017 à Londres). Concernant le domaine sportif, j’ai beaucoup travaillé pour arriver là où j’en suis. Contrairement à ce que de nombreuses personnes peuvent penser, mon meilleur chrono ne date pas de 2017 mais au contraire, il date de 2014.



« L e s  g e n s  p e n s e n t  q u e  j e  s u i s  u n  f ê t a r d  d o u é »



Tu as réalisé les minima au Meeting de Monaco en juillet 2017 pour les championnats du monde qui se déroulaient en août, avais-tu des craintes de ne pas pouvoir te qualifier ?


J’avais des craintes mais je restais persuadé que j’allais y arriver. Cette année était spéciale pour moi dans le sens ou c’est l’année au cours de laquelle j’ai rencontré Alain. Je suis devenu un athlète accompli car pour la première fois j’étais heureux. Mon corps et mon esprit étaient en adéquation. J’ai exploité ma liberté au maximum. Ça m’a permis d’être heureux et de m’accomplir en tant qu’athlète.


Sur le plan personnel as-tu modifié certains aspects depuis ton titre de champion du monde ?


Sur un plan personnel, rien n’a changé. Je suis toujours le même, j’ai toujours les mêmes amis et les mêmes habitudes. Néanmoins, je dois avouer qu’on me reconnaît beaucoup plus dans la rue. On me sollicite plus régulièrement qu’avant.


As-tu eu des blessures qui ont eu un impact dans le déroulé de ta carrière ?


Encore aujourd’hui, j’ai des stigmates de blessures passées. Plus j’avance dans ma carrière plus je constate que l’hygiène de vie est essentielle. Pour faire des séances efficaces, je dois m’imposer des règles de vie et ne pas faire trop d’excès. La barre des 26 ans est de plus en plus difficile. Un écart et mon corps me le rend le lendemain sur la piste (rires). Les gens pensent que je suis un « fêtard doué » mais ils se trompent « je suis un fêtard travailleur ». Mes performances ne viennent pas toute seule.


Es-tu prêt à défendre ton titre de champion du monde à Doha en septembre prochain ?


Complètement ! Je me sens bien. J’ai eu moins de problèmes physiques cette année. Les nouveautés de mon programme d’entraînement seront des moteurs pour défendre mon titre.



«  S e  t r a n s c e n d e r  p o u r  y  p a r t i c i p e r »



Est-ce que tu te projettes déjà sur Paris 2024 ?


Pour l’instant je n’y pense pas. Je vis compétitions après compétitions. La perspective de Paris 2024 reste éloignée mais il est vrai que participer à ces jeux serait une opportunité incroyable surtout quand on est français. Je ne sais pas ou je serai dans 5 ans, ni ce que je vaudrai. Tout ce que je sais est qu’il est probable que mon envie d’y participer soit tellement forte qu’elle me donne la force de me transcender pour y participer.


As-tu fait des études en dehors de l’athlétisme ?


Pas du tout ! J’ai menti à mes parents en disant que je voulais faire kiné pour intégrer l’Insep et progresser en athlétisme. Pourtant, je n’ai jamais eu l’intention de faire des études. Les rencontres et mon sport m’enrichissent. Je sais pertinemment qu’après ma carrière je ne souhaite pas non plus reprendre mes études. Je suis fait pour être actif, je ne me vois pas dans un bureau. Ce sujet a longtemps été un point de discorde avec mes parents mais aujourd’hui ils ont compris que ce n’est pas la direction que je souhaite prendre.


Que fais-tu quand tu n’es pas sur une piste d’athlétisme ?


Je fais du karaoké avec mes amis. J’aime beaucoup chanter, je joue de la guitare. Actuellement je suis dans une période plutôt orientée poker. Je suis également un fan absolu de One piece. Je préfère finir One piece et ne pas être champion olympique plutôt que l’inverse (rires).

A une période je jouais beaucoup à un jeu vidéo appelé Civilisation. C’était devenu une obsession, j’en oubliais de manger où même d’aller à l’entraînement.



« E c o u t e r  s e s  e n v i e s »



As-tu des frères et sœurs et pratiquent-ils l’athlétisme ?


J’ai une sœur qui m’a initié à l’athlétisme. Elle a fait beaucoup de sport mais a privilégié les études tout comme mon frère.


As-tu un projet pour ton après-carrière ?


A l’heure actuelle, je n’en ai pas vraiment. Je n’ai pas non plus de craintes concernant la suite. Je sais que j’ai de quoi rebondir de part mon carnet d’adresse. Je n’ai pas de plan de carrière mais je sais que je serai capable de tout donner dans un nouvel emploi.

Je n’oublie pas Squarechamps qui est selon moi un projet incroyable. Les fondateurs ont ciblé les problèmes qui entourent le sport de haut niveau ainsi que de réels besoins et y apportent des solutions pour y répondre. Si aujourd’hui plus de 200 athlètes se sont engagés dans l’aventure Squarechamps c’est la marque d’une conviction forte.


Quelles sont les valeurs que tu promeus ?


Je pense qu’il faut apprendre à se découvrir. Il est important de connaître ses points forts et ses points faibles. Tout en étant capable d’écouter ses envies.

Aux enfants qui pourraient avoir l’envie de devenir athlètes de haut niveau, j’aimerai leur dire de croire en eux et de tout donner. Si une personne ne croit pas en toi, montre-lui qu’elle se trompe.  


Par Axelle Steffen et Yasser Salfiti 

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