Posté le 06/03/2019

« Dans le sport, rien est joué à l’avance »

Influencé par les choix de son frère, Benjamin n’a pas attendu pour découvrir les richesses de l’athlétisme. Très vite happé par les sprints et les sauts, il s’est pleinement impliqué dans ce sport. Habitué des podiums, il devient champion d’Europe en 2014, une consécration pour cet athlète. Blessé à de multiples reprises, il s’est toujours battu pour se relever et revenir plus vite, plus haut, plus fort.


Benjamin Compaoré, ne jamais lâcher son objectif Crédit photo ©Facebook Benjamin Compaoré

Peux-tu nous expliquer comment est née cette passion pour le triple saut ?


Petit, je suivais ce que faisait mon aîné. Par conséquent, quand il a commencé à faire de l’athlétisme je lui ai emboîté le pas. Étant très explosif, mon club m’a permis de tester plusieurs disciplines de l’athlétisme. Avec le temps j’ai commencé à m’illustrer sur le sprint et les sauts. Je me suis spécialisé dans les sauts horizontaux aux championnats de France à 15 ans. J’ai vécu ma première sélection en Equipe de France à 17/18 ans. Je voyais en ce sport un moyen de progresser rapidement et c’est ainsi que la passion m’est venue.


«  L e x p r e s s i o n  d e  m o n  e x p l o s i v i t é »



Éprouves-tu des regrets d’avoir arrêté le judo au profit du triple saut ?


Pas du tout ! Le judo est un sport formateur en terme de valeurs mais l’athlétisme correspond plus à l’expression de mon explosivité. La pratique de cette discipline m’a permis de véritablement prendre conscience de mes qualités. Ce n’est pas le combat du plus fort, on mesure tes performances. C’est un sport de précision.


Quels sont tes objectifs pour la saison à venir ?


Je me suis fait opérer de la cheville au mois d’août pendant les championnats d’Europe de Berlin. Cinq semaines après les médecins se sont rendus compte que je faisais une infection. Ils ont décelé deux staphylocoques dorés au niveau de la cheville. J’ai subi une nouvelle opération en septembre.


Ayant perdu beaucoup de temps, je n’ai pas fait de saison en salle. Je me suis concentré sur une préparation physique optimale pour espérer être un des acteurs majeurs des championnats du monde de Doha en octobre.


A quoi penses-tu au moment de t’élancer ?


Mes pensées diffèrent selon l’importance de l’évènement. Au départ d’un saut, il faut être bestial. En effet, il faut utiliser tous les points travaillés à l’entraînement, que tout soit automatisé avec pour objectif de ne penser à rien au moment du départ. On ne doit pas réfléchir aux notions techniques. Tout doit être naturel. C’est le cas quand je participe à des championnats et des compétitions majeurs, tout est naturel et automatisé. D’une manière générale, je n’ai pas de pensées. Certains se focalisent sur leurs familles pour se donner des forces. Toutes les fois où j’ai pérfé, je n’ai jamais eu besoin de chercher un élément extérieur pour me stimuler. Quand tout va bien, que la préparation est bonne, nul besoin de source de motivation. Il suffit de laisser faire les choses.


Peux-tu nous raconter ton titre de champion d’Europe en 2014 à Zurich ?


J’en garde un souvenir très fort, j’étais persuadé de me qualifier, j’avais payé tous les billets à ma famille et mes amis pour la finale. Je revenais d’une opération de la cheville. Le jour des qualifications, j’ai fait un premier saut insuffisant. Au deuxième essai, je mords. Si je ratais mon troisième essai, c’était fini pour moi. J’aurai dépensé 2300 euros de billets pour rien. Je saute, je fait 16,83m et me qualifie pour la finale. Le jour J, je fais un échauffement excellent. Toute ma famille était présente. Je me sentais invincible. Dès mon premier saut, j’ai réalisé la performance qui m’a sacrée champion d’Europe. Après toutes ces années de souffrance, j’ai ressenti un fort sentiment de fierté mêlé à une forme de soulagement.

Initialement, en partant aux championnats, je me disais que ma compétition allait très bien se dérouler. Souffrir en qualifications a été une piqûre de rappel, l’excès de confiance a joué. Dans ces moments-là, on voit que dans le sport rien n’est joué d’avance.


Comment abordes tu ta préparation en compétition ? Change-t-elle en fonction des conditions climatiques et des adversaires ?


En période de compétition, j’ai un fil conducteur qui est le grand championnat de fin de saison. Je me sers des compétitions pour mettre en place des stratégies, d’autant plus sur le triple saut qui est une discipline très spéciale. C’est mélange de technique et de puissance. A Rio, il a été calculé qu’un triple sauteur supportait 18 fois le poids de son corps sur une jambe. C’est très violent pour le corps !

Je me sers de certains évènements pour pérfer sur d’autres. L’ambiance d’un meeting est très spéciale, on est galvanisé et j’utilise l’atmosphère pour mettre en place des choses que je n’arrive pas à produire à l’entraînement.

En préparation pour un championnat, je prends en compte le décalage horaire, le climat ou encore l’écart de temps entre la qualification et la finale. Il faut une bonne répartition entre l’effort et la récupération. D’une manière générale, on a 48 heures entre la qualification et la finale mais ce n’est pas figé. Par exemple, à Rio on avait seulement 24 heures de temps de récupération, ce qui était très peu pour nous.


«  L a  r e l è v e  e s t  b e l l e »


Qui est ton entraîneur et quels sont tes rapports avec lui ?


Mon entraîneur est Jean-Hervé Stievenart, c’est un pilier du triple saut français. Cela fait 15 ans que nous travaillons ensemble. On échange et partage beaucoup autour de cette passion commune qu’est le triple saut. Notre relation s’apparente à un lien père fils.


Quels sont tes rapports avec ton groupe d’entraînement ?


Harold Correa (également triple sauteur) est mon partenaire depuis 2010. Il était sélectionné sur les Jeux de Rio mais n’a pas décroché sa qualification en finale pour 1 centimètre. Arnaud Assoumani m’accompagne également depuis 2 ou 3 ans. Nous sommes très proches, ce sont mes piliers.

Mon coach mettra fin à sa carrière après Tokyo 2020, tout comme moi je pense. Malgré tout, la nouvelle génération est en train d’arriver. L’écart d’âge avec Tene Cissé ou Jonathan Seremes est assez important mais la relève est belle et bien présente.


Préfères-tu te préparer seul ou en groupe ?


J’apprécie les deux, en groupe cela permet de créer une certaine émulation avec des séances ou on retrouve un esprit de compétition. Mais j’ai subi tellement de périodes de blessures que j’ai pris goût aux sessions individuelles. Mon entraîneur a une grande confiance en moi et il me laisse parfois gérer ma préparation en toute autonomie.


Doha 2019, qu’envisages-tu et que vises-tu ?


Je l’envisage de la meilleure des manières ! Tout ce que je peux vous dire c’est que quand je porte le maillot de l’Équipe de France je donne toujours le maximum.


«  N e  p a s  a v o i r  h o n t e  d e  s e  f i x e r  d e s  o b j e c t i f s  é l e v é s »


As-tu Paris 2024 en tête ?


J’ai trois filles et je ne pense pas continuer comme cela jusqu’en 2024. Je passe actuellement un DES pour entraîner, je ne me ferme aucune porte mais j’envisage plutôt d’y aller en tant que coach. Aujourd’hui en qualité d’athlète l’objectif principal c’est les JO de Tokyo 2020.


As-tu fait des études parallèlement à ta carrière d’athlète de haut niveau ?


J’ai passé un DUST en management du sport à l’Insep. Je passe actuellement un DES pour entraîner à haut niveau. Je veux rester dans le milieu du sport c’est quelque chose qui me fait vibrer et me permet de me sentir vivant. Et puis j’aime partager mon expérience, des entreprises tel que Squarechamps le permettent, c’est important de pouvoir transmettre son vécu et de procurer des émotions. C’est une réelle satisfaction quand les gens prennent conscience des efforts consentis, de la persévérance et du refus de l’échec qui font parti d’une carrière sportive.


Que fais-tu de ton temps libre quand tu n’es pas sur les pistes ?


Je m’occupe de mes trois petites filles, je profite de mes amis et de ma famille. C’est important d’avoir un équilibre.


As-tu des frères et sœurs et font-ils de l’athlétisme ?


Seul mon grand frère fait de l’athlétisme. Cependant, il a arrêté pour se consacrer au judo. J’ai une grande sœur qui est une littéraire, et qui n’a jamais été branchée sport. Ma petite sœur a un peu touché au sport mais pas de là à avoir la même passion ni le même engagement que mon frère ou moi.


Quelles valeurs et messages souhaiterais-tu inculquer et transmettre ?


Jeune, je n’avais pas des qualités extraordinaires. Cependant, je croyais fortement en moi. J’ai travaillé très dur pour y arriver. On ne peut pas arriver à un résultat si on est pas convaincu au fond de soi que l’on en est pas capable. Il faut croire en soi et ne pas avoir peur de ses limites. Il ne faut pas avoir honte de se fixer des objectifs élevés.


Il est aussi primordial de prendre du plaisir. Sans cette notion c’est fini. D’autre part, je pense aussi qu’il faut toujours respecter nos adversaires, les juges et les arbitres. n’oublions pas que sans eux, la performance n’est pas valorisée et n’existe pas.


Par Axelle Steffen et Yasser Salfiti



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